lundi 2 mai 2016

L'appel des salariés de l'Huma

(Petite entorse à ce blog : le texte qui suit n'est pas un récit d'audience, mais l'appel des salariés de l'Humanité pour la survie du journal de Jaurès.)

Des salariés de l'Humanité dans le cortège, le 1er mai.

L'Humanité, notre bien commun

Nous, salarié-e-s de l’Humanité, l’Humanité dimanche et l’Humanité.fr, refusons que notre journal, fondé il y a 112 ans par Jean Jaurès, disparaisse, étranglé par les problèmes financiers dans un contexte de crise de la presse et de désengagement de l’état.

Parce qu’il est indépendant financièrement, parce qu’il est le journal des luttes et des espoirs, parce qu’il est le porte-voix des sans-voix, l’Humanité est un bien commun. Il n’est la propriété de personne, ou mieux, il est notre propriété à toutes et tous. Nous le disons clairement : l’Humanité n’est pas une marchandise, une marque qu’un magnat du secteur pourrait ajouter à son tableau de chasse. Ce n’est pas dans les mains d’un grand patron du CAC 40 ou d’un banquier que nous comptons finir. L’Humanité n’a d’avenir que dans l’indépendance.

jeudi 14 avril 2016

Au procès des pirates somaliens, la justice évite de peu le naufrage

Ce n'est pas le naufrage redouté. Mardi, lors de sa plaidoirie, Martin Reynaud, avocat de l'un des sept pirates somaliens jugés depuis quinze jours devant la cour d'assises de Paris, avait cité ces mots des Misérables de Victor Hugo : « Il y a dans notre civilisation des heures redoutables ; ce sont les moments où la pénalité prononce un naufrage ». Les six jurés populaires - trois hommes et trois femmes - et les trois magistrats professionnels l'ont semble t-il entendu en ne suivant pas les lourdes réquisitions de l'avocate générale. Alors que la représentante du ministère public avait réclamé de seize à vingt-deux ans de réclusion criminelle, les sept pirates somaliens - qui risquaient la perpétuité - ont été condamnés hier soir à des peines de six à quinze ans d'emprisonnement. « Un verdict sévère, mais pas disproportionné », résume Martin Pradel, avocat de la défense.

Après neuf heures de délibéré, le président Philippe Jean-Draeher a longuement égrené la liste des 55 questions auxquelles la cour devait répondre. Sans surprise, les accusés ont tous été déclarés coupables de détournement d'un navire en bande organisée ayant entraîné la mort, d'enlèvement et séquestration en bande organisée, de vol avec arme en bande organisée mais ont été acquitté du chef d'association de malfaiteurs. Sans doute, la cour a t-elle considéré que ces hommes n'étaient pas les « pirates d'habitude » décrits par la représentante du ministère public.

mardi 12 avril 2016

« Quel est le sens d'une justice qui juge les restes d'un homme ? »

Sans doute la plaidoirie couvait depuis le 20 septembre 2011, date à laquelle Me Elise Arfi est commise d'office auprès de Fahran Abchir-Mohamoud. Elle a éclaté hier soir à 19h30 devant la cour d'assises de Paris. Un grand moment de justice pour un procès qui semblait jusqu'ici si insensible, si distant au sort des accusés. Une ode au métier d'avocat, dernière figure auprès de ceux qui n'ont plus rien. « Je suis la seule personne qu'il ait en France, reconnaît Me Arfi. La seule à le visiter en prison, à lui envoyer de l'argent. »

Il est le « pirate numéro 7 ». Un visage rond juvénile, assis au deuxième banc, derrière les six autres. En veste de jogging noire, il se confond avec les gendarmes qui l’entourent. Le regard dans le vide la plupart du temps, parfois un bâillement, il n'entend sans doute pas grand chose des traductions que l'interprète dispense à voix basse deux bancs devant lui.

Les destins perdus des pirates somaliens

Les accusés au premier jour d'audience, par Julien Jaulin

La cour d’assises est un huis clos violent. Pour les parties civiles bien sûr, les accusés sans doute, parfois aussi pour les témoins experts. Vendredi dernier, la cour d’assises de Paris entendait le témoignage de Julien Théron, deux semaines après le début du procès des sept pirates somaliens accusés d’avoir tué le skippeur du Tribal-Kat en septembre 2011. Ce « conseiller en géopolitique des conflits » expose longuement la situation de « l’un des quatre pays les plus pauvres du monde » : une mortalité infantile quarante fois plus élevée qu’en France, un million de déplacés, une femme enceinte qui meurt toutes les deux heures faute de soins, 260 000 Somaliens morts de famine entre octobre 2010 et avril 2012. Suspension d’audience impromptue : dans le box, un accusé s’est évanoui de douleur. Rage de dent, explique son avocat. Il a demandé un rendez-vous avec le dentiste il y a quarante-cinq jours, mais en prison...

lundi 4 avril 2016

Au procès du Tribal-Kat, la veuve face aux pirates

Aucun échange de regards. Droite, face aux jurés et aux juges, en prenant bien soin de ne pas glisser ses yeux vers les accusés, Évelyne Colombo a raconté, lundi matin, devant la Cour d'assises de Paris, la journée du 8 août 2011 et celles qui ont suivi. Dans le box, les sept pirates somaliens, qui risquent la prison à perpétuité, baissent la tête, visages graves. Leurs noms ? Évelyne Colombo avoue qu'elle n'a « pas réussi à les retenir ». Comme beaucoup ici, elle les désigne par des numéros : « Pirate numéro 1, 2, 3, 4, 5, 6 ou 7 ».
« J'évite de les regarder dans les yeux, reconnaît la veuve de 58 ans. L'un d'eux cherche mon regard, ça me déstabilise.
- Vous voulez dire qu'il vous provoque ?, s’inquiète son avocat.
- Non, il veut capter mon regard. »

mardi 29 mars 2016

Les pirates du Tribal-Kat devant la justice


@Julien Jaulin
Deux mondes se sont fait face cet après-midi devant la Cour d'assises de Paris. Dans le box des accusés, sept Somaliens, accusés d'avoir, en septembre 2011, tué Christian Colombo, skipper du catamaran le Tribal-Kat. Âgés de 26 à 33 ans, habillés en survêtements pour la plupart, le crâne rasé, ils risquent une peine d'emprisonnement à perpétuité. En détention provisoire depuis quatre ans et demi, ils ont obtenu le statut d'indigence carcérale : 20 euros par mois.

vendredi 11 mars 2016

« On m’a dit que c’était bien en Syrie. On m’a vendu des rêves »

@Julien Jaulin
Ils ont ôté leurs treillis, burka et kalachnikov. Tania, Karim et Bryan (1) se sont apprêtés pour passer devant les juges de la 16e chambre du tribunal correctionnel de Paris. Tania a lâché ses cheveux noirs dans son dos, légèrement maquillé son jeune visage et porte long manteau noir et talons ; Karim, joues roses de poupon et regard d’acier, a sorti son plus beau polo Lacoste blanc et Bryan, aux airs de crooner italien avec ses longs cheveux gominés, a osé la chemise rose.

Tous trois comparaissent depuis lundi pour participation à une association de malfaiteurs en vue de commettre un acte terroriste dans l’affaire de la filière djihadiste de Champigny-sur-Marne. Ils risquent jusqu’à dix ans d’emprisonnement.