vendredi 8 février 2019

Cécile Duflot : « Je regrette de ne pas avoir parlé plus tôt »

Les langues continuent de se délier à la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris. Hier matin, Cécile Duflot, citée comme témoin par les journalistes poursuivis pour diffamation par Denis Baupin, a livré une déposition bouleversante et accablante pour l’ex-député écologiste. La voix brisée, très émue, l’ancienne ministre a raconté qu’elle avait été la dépositaire des confidences de Sandrine Rousseau, également poursuivie, mais aussi qu’elle avait elle-même été agressée par Denis Baupin.

mercredi 6 février 2019

Au procès Baupin, de «l’infamie» à la «fierté»

Il y a un avant et un après leur passage à la barre. Avant, les mains triturées, la tête baissée, les regards inquiets. Après, les sourires qui éclatent, les chuchotis de félicitations entre elles. Souvent, elles restent debout, comme libérées. Mardi soir, les six accusatrices de Denis Baupin, qui comparaissent jusqu’à demain pour diffamation suite à une plainte de l’ancien député écologiste, ont défilé à la barre de la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris. Durant près de six heures, elles ont raconté les harcèlements et agressions sexuelles qu’elles ont subis. Celles pour qui la justice ne passera jamais – le parquet a classé leurs plaintes pour prescription des faits – se sont saisies de cette audience pour raconter leur vérité. Le « banc de l’infamie », comme l’avait nommé un avocat à l’ouverture des débats, est devenu celui de la « fierté » et de la « sororité ».

lundi 4 février 2019

Le procès Baupin, sans Denis Baupin


Elles ont un imperceptible mouvement des épaules. Pour se tenir bien droite. Faire front, la tête haute. Hier matin, en silence et l'air grave, huit femmes ayant dénoncé des harcèlements et agressions sexuelles de la part de l'ancien député Denis Baupin ont défilé devant la barre de la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris. Elles y comparaissent jusque vendredi pour diffamation, aux côtés de deux journalistes de Mediapart et de France Inter.

Le président a lu les passages incriminés, dans lesquels elles racontent, entre autre, des SMS « insistants, provocateurs et salaces », des « caresses sur la nuque » et, pour plusieurs d'entre elles, des agressions sexuelles. Après neuf mois d'enquête préliminaire, le parquet avait classé leurs plaintes sans suite, les faits étant, pour certains d'entre eux, « susceptibles d'être poursuivis pénalement », mais prescrits. Celui qui était vice-président de l'assemblée nationale lors de la divulgation des faits est désormais représenté par son avocat, Emmanuel Pierrat. Une absence « manifeste, visible et choquante » dénonce Me Antoine Comte. « La partie civile vient défendre son honneur sans être présente, attaque l'avocat de la conseillère régionale EELV Annie Lahmer. Est-ce conforme à un procès équitable ? C'est bancal. J'ai besoin d'une confrontation pour ma cliente ! » Pour Me Emmanuel Tordjman, avocat de Mediapart, la présence de Denis Baupin est « indispensable » dans ce « procès inhabituel » : « La partie civile mobilise une semaine d'audience, trois magistrats du siège, un procureur, une quinzaine d'avocats sans que l'on ne puisse jamais la questionner. Ce procès va être parole contre parole. Donc la parole de ces femmes contre celle de mon confrère ? » « Elles sont toutes venues comparaître au banc d'infamie, la moindre des choses c'est d'assumer », dénonce l'avocat de Sandrine Rousseau, Jean-Yves Moyart.

De l'autre côté de la barre, Emmanuel Pierrat, avocat de Denis Baupin, alterne la condescendance, l'outrance et les insultes. A Antoine Comte : « Être indigné quand on est avocat, je trouve ça toujours étonnant, je préfère qu'on s'en tienne au droit. » Au tribunal : « Je ne pense pas qu'il soit utile de faire venir M. Baupin, supporter les avanies, les injures qu'il subit depuis trois ans. Il a déjà répondu très longuement à la police. Nous avons prouvé que ce qu'elles disaient étaient mensongers et faux ! ». Au passage, l'avocat regrette qu'EELV soit « devenu un QG puritain », étrille l'« imagination qui fait des bulles » des deux journalistes de France Inter et de Mediapart, et traite cette dernière de « mormone en cheffe de cette tribu »...

Après une brève suspension d'audience, la tribunal rejette la demande des avocats la défense. Edwy Plenel est le premier entendu à la barre. « Cette affaire est la première affaire #metoo avant que metoo n'existe, commence le journaliste. Cela a permis que ces femmes qui n'avaient jamais parlé se libèrent. L'enjeu, d'intérêt public, était de briser l'omerta. Depuis, il y a eu une révolution mondiale avec l'affaire Wenstein. » Le directeur de la publication de Mediapart défend « le sérieux de l'enquête », qui a « respecté le contradictoire », le tout dans un « contexte déjà lourd » : « Je n'ai jamais connu ça en quarante ans de journalisme, le 8 avril, un mois avant notre article, je reçois une lettre de Me Pierrat me mettant en demeure de ne pas le publier ». Des pressions qui continuent après la publication de l'article, avec une demande de suppression « contraire à tout droit de la presse ». Avant de quitter l'audience pour rejoindre Mediapart où une perquisition est en cours (lire ci-dessous), Edwy Plenel dénonce l'absence « indigne » de Denis Baupin : « Il n'a pas le droit de se dérober sauf à être, comme il le fut avec ces femmes, un irresponsable. »

Le procès doit reprendre cet après-midi avec la suite de l'audition des prévenus.

jeudi 31 janvier 2019

« Vous êtes déclarés coupables, messieurs, de viol en réunion »

Certains y voient le début d'une nouvelle ère, celle de la fin de l'impunité des crimes sexuels. D'autres, au contraire, dénoncent déjà une « erreur judiciaire ». Reconnus coupables du viol en réunion d'une touriste canadienne en avril 2014, deux policiers de la BRI ont été condamnés ce soir à sept ans d'emprisonnement par la cour d'assises de Paris. Menottés à l'issue de l'audience, Nicolas R. et Antoine Q. dormiront ce soir en prison. A l'énoncé du verdict, le premier est resté assis sans bouger, comme sonné, tandis que le deuxième sanglotait. A quelques mètres d'eux, sur le banc de la partie civile, Emily S. reconnue victime pour la première fois, pleurait silencieusement.

vendredi 25 janvier 2019

Les « flous » de Sébastien C.

Il vient, dit-il, de passer cinq années terribles. « Cette affaire est une merde, monsieur le président. J'ai perdu mon travail, je suis marqué au fer rouge. Maintenant, je suis traumatisé, quand je monte dans un ascenseur seul avec une femme, j'ai peur. » Policier à la brigade de recherche et d'intervention (BRI), Sébastien C. a longuement été entendu par la cour d'assises de Paris qui juge jusqu'au 1er février deux policiers de cette brigade, accusés du viol en réunion d'une touriste canadienne en avril 2014 au 36, quai des Orfèvres Un temps suspecté d'être le troisième homme de ce viol, Sébastien C. a été placé en garde à vue puis sous le statut de témoin assisté, sans être mis en examen. Suspendu un an et demi de ses fonctions, il a aujourd'hui retrouvé son poste au siège de la police judiciaire.

mercredi 23 janvier 2019

Les plantons du 36 et la «salope»

Le soir du 22 avril 2014, ils étaient trois policiers de garde au 36, quai des Orfèvres, le siège de la police judiciaire parisienne. Deux à l’entrée, un troisième au premier étage. Trois plantons qui ont vu entrer Emily S. accompagnée de deux agents de la ­Brigade de recherche et ­d’intervention (BRI), vers 0 h 40. La touriste canadienne leur paraît « joyeuse », bien que « très éméchée » et le «regard vitreux». Elle titube, rentre dans le portant de la porte, mais, note le premier, « est montée de son plein gré ».

mardi 22 janvier 2019

« J’avais l’impression qu’elle ne disait pas la vérité »

C’est dans une cour d’assises glaciale que le procès des deux policiers accusés du viol d’une touriste canadienne a entamé, hier, sa deuxième semaine de débats. Après s’être penchée sur les personnalités des deux accusés, vendredi, décrits par leurs collègues et familles comme de « très bons flics » et des « compagnons galants », la cour a entendu hier un témoin clef, Leslie C., serveuse au pub où la soirée avait commencé ce 22 avril 2014. Cette Américaine de 36 ans qui témoigne dans un bon français est visiblement mal à l’aise à la barre. Elle se souvient mal des faits qui remontent à cinq ans et contredit souvent ses dépositions de l’époque.