Est-ce de la maladresse ou un
stratagème ? Devant la cour d'assises spécialement composée
qui le juge depuis lundi pour complicité des crimes de son frère,
Abdelkader Merah esquive les questions qui fâchent avec une
impressionnante maîtrise de lui-même. L'homme de 35 ans, tout de
blanc vêtu, barbe fournie et cheveux longs attachés, est aidé en
cela par l'organisation du président de la cour qui a séparé
l'examen de sa personnalité et celui des « questions
religieuses ». Au grand dam de l'avocat de l'accusé, Eric
Dupond-Moretti, qui peste : « On fait de la religion un
élément à charge ! ». Mais Abdelkader Merah s'adapte,
lui, parfaitement aux circonstances. A une avocate qui lui demande
s'il se sent concerné par les lois de la République ou s'il refuse,
comme il l'a dit lors de l'instruction, « la justice des
hommes », il lance un : « Ce sont des questions
religieuses que nous verrons plus tard ». Parfois à la limite
de l'arrogance, il surfe en permanence sur l’ambiguïté. Aux
questions insistantes des parties civiles, il finit par lâcher :
« J'aimerai mon petit frère toute ma vie, mais bien sûr je
condamne les actes qu'il a commis ». Mais lorsqu'un avocat lui
demande s'il s'est réjouit des attentats du 11 septembre 2001 aux
États-Unis, il invoque son droit au silence
mardi 3 octobre 2017
« Les faits que nous jugeons sont terribles »
Ils sont deux hommes, perdus dans un
immense box, perdus dans un immense procès. Hier matin, à 10 h 34,
le président de la cour d’assises spécialement composée de Paris
somme les gardes de faire entrer les accusés. Il y a foule dans la
salle d’audience divisée en deux : à droite, les bancs réservés
à la presse (près de 150 journalistes accrédités) ; à gauche,
ceux des parties civiles (232 constituées avant les débats).
Abdelakader Merah, 35 ans, et Fettah Malki, 34 ans, pénètrent dans
le vaste box des accusés entouré de verre, couvert de grillage et
au-dessus duquel se déploie une large fresque représentant le
couronnement de Louis XIII enfant.
jeudi 28 septembre 2017
« Antonin Bernanos doit être relaxé »
Il
n’a pas, dit-il, « l’éloquence » de ses confrères. Me Antoine Vey vient
de citer Georges Bernanos (« Que voulez-vous ? La liberté est partout
en péril et je l’aime. Je me demande parfois si je ne suis pas l’un des
derniers à l’aimer, à l’aimer au point qu’elle ne me paraît pas
seulement indispensable pour moi, car la liberté d’autrui m’est aussi
nécessaire ») et lorsqu’il se lève pour plaider, Arié Alimi, dernier des
neuf avocats de la défense, s’excuse presque de l’exercice qu’il va
imposer au tribunal. Sans effet de manche, ni rhétorique grandiloquente,
l’avocat ausculte les fais, les dissèque avec un seul objectif :
prouver l’innocence de son client, Antonin Bernanos.
mardi 26 septembre 2017
« Mon pauvre Angel, pourquoi, ce jour-là, mettre votre capuche ? »
Il fallait bien un Henri Leclerc, grand pénaliste engagé, pour mettre le doigt sur le problème originel. Au procès de la voiture de police brûlée quai de Valmy, dans lequel huit prévenus comparaissent depuis mardi, l’ancien président de la Ligue des droits de l’homme défend Angel Bernanos, 18 ans au moment des faits. Initialement poursuivi pour tentative d’homicide, cet étudiant en géographie a fait quarante-deux jours de détention provisoire avant qu’un autre ne s’accuse à sa place. Il est donc aujourd’hui jugé, comme tous les autres prévenus (cinq le sont aussi pour violences volontaires), pour – prenez votre souffle – « participation à un groupement, même formé de façon temporaire, en vue de la préparation caractérisée par un ou plusieurs faits matériels de violences volontaires contre des personnes ou de destruction ou dégradations de biens en réunion ». L’article 222-14-2 du Code pénal punit ce délit d’un an de prison et de 15 000 euros d’amende.
vendredi 22 septembre 2017
Contre-enquête au procès du quai de Valmy
«Je
me suis permis de faire le travail des enquêteurs… » Durant deux
heures, jeudi après-midi, l’avocat Arié Alimi a méthodiquement
décortiqué toutes les preuves retenues par les enquêteurs contre Antonin
Bernanos, jeune étudiant jugé depuis mercredi avec huit autres
personnes pour l’attaque de la voiture de police brûlée quai de Valmy.
Poursuivi pour violences aggravées, il encourt une peine de dix ans
d’emprisonnement.
mardi 19 septembre 2017
Affaire du quai de Valmy, la justice à l'étroit
La justice a t-elle voulu juger trop
vite les prévenus poursuivis dans l'affaire de la voiture de police
brûlée du quai de Valmy ? Elle a, en tous cas, montré hier un
niveau d'impréparation aberrant dans une affaire aussi politique et médiatique.
Quai de Valmy : après une enquête à charge, un procès expéditif…
C’est un procès très politique qui s’ouvre cet après-midi devant la 14e
chambre du tribunal correctionnel de Paris. D’un côté, des policiers
réclamant un « signal fort » avec le très droitier syndicat Alliance en
partie civile ; de l’autre, huit prévenus qui estiment avoir été jetés
en pâture pour assouvir la colère policière…
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