mardi 24 juin 2014

Docteur Chaussoy : « J’espérais qu’on ne retrouverait plus jamais un médecin devant une cour d’assises »

C’est un soutien de dernière minute qui pourrait, à la veille du verdict, rester dans la tête des jurés. Ce matin, le Dr Frédéric Chaussoy est venu à la barre des assises de Pyrénées-Atlantiques apporter son soutien à Nicolas Bonnemaison, jugé depuis deux semaines pour sept cas d’empoisonnements sur des patients en fin de vie. L’ancien urgentiste risque la prison à vie. Le réquisitoire est attendu cet après-midi, le verdict demain.

« Monsieur le président, j’aimerais que vous m’autorisiez à m’assoir à côté du Dr Bonnemaison », commence le médecin anesthésiste, qui insiste sur le mot « confrère » : même s’il a été radié de l’ordre des médecins, il fait toujours partie de notre profession ». Frédéric Chaussoy se dit « solidaire » : « Nicolas Bonnemaison est un bon médecin, mais c’est surtout un homme bon. »

A Pau, « une autre mort est possible »

L’avocat général a beau dire qu’il s’agit d’un «autre débat », que « la cour d’assises n’a pas à juger la loi mais un homme », il est trop tard. Le procès de Nicolas Bonnemaison, qui se tient depuis deux semaines devant les assises des Pyrénées-Atlantiques, est bien celui des limites de la loi sur l’accompagnement de la fin de vie en France.

La torpeur de milieu d’après-midi qui s’était installée dans la cour d’assises surchauffée de Pau s’est brutalement brisée lorsque Liliane Bordet a pris la parole. D’une voix posée, cette brune quadra évoque la « souffrance intolérable » dans laquelle sa mère a fini ses jours, malgré la mise en place du protocole fin de vie prévu par la loi Léonetti. Après deux accidents vasculaires cérébraux, sa mère se retrouve paralysée, alitée dans des grandes « souffrances physiques et existentielles». « Pendant plusieurs mois, tous les jours, elle m’a répété qu’elle voulait mourir, elle m’a demandé de la tuer.» Elle essaye d’emmener sa mère en Suisse, où le suicide assisté est autorisé, avant d’y renoncer pour des raisons logistiques

jeudi 12 juin 2014

Face à la douleur des familles, le Dr Bonnemaison avoue s’être « trompé »

C’est un échange d’une intensité exceptionnelle, comme il n’en existe que dans les cours d’assises. A la barre, un homme de 61 ans, chemise bleue à manches courtes, un bloc de souffrance. Trois ans après la mort de sa mère, Pierre Iramuno veut « comprendre ». Pour cela, il s’est constitué partie civile au procès de Nicolas Bonnemaison, qui se tient depuis hier devant la cour d’assises de Pau (Pyrénées-Atlantiques).

Françoise Iramuno a été admise à l’hôpital de Bayonne début avril 2011 suite à une chute. Son coma est en phase terminale, la famille ne veut pas d’acharnement thérapeutique. Le matin de son admission, Nicolas Bonnemaison parie un gâteau au chocolat avec un aide-soignant que Françoise Iramuno ne sera plus là le soir même. Or, l’après-midi, le médecin décide de lui injecter de l’Hypnovel (sédatif) pour « éviter le risque de souffrances psychiques », s’est justifié Nicolas Bonnemaison. « Elle avait le faciès détendu et ne semblait pas douloureuse », ont pourtant déclaré, devant la cour, l’aide soignante et l’infirmière de garde ce jour-là. Le médecin n’avait parlé de sa décision de sédation terminale ni à l’équipe ni à la famille pour les « préserver ».

Nicolas Bonnemaison « n’a pas mis fin à des vies, il a raccourci des agonies »

Il est apparu très seul dans le grand box des accusés de la cour d’assises de Pau (Pyrénées-Atlantiques). Nicolas Bonnemaison comparait depuis hier pour sept « empoisonnements sur personnes vulnérables », des personnes âgées en fin de vie dont il dit avoir abrégé les « souffrances intolérables ». « Cela vous rend passible de la réclusion criminelle à perpétuité », l’informe le président de la Cour, Michel Lemaitre. En costume cravate élégant, l’ancien médecin urgentiste acquiesce, livide, avant de déclarer d’une voix douce, nouée par l’émotion : « Comparaître ici comme un criminel, un assassin, un empoisonneur, c’est violent pour moi et ma famille». Il dit penser aux patients et à leur famille, avec qui il a vécu « des choses fortes qui marquent le médecin et l’homme ». Et souffle : « J’ai fait du mieux que j’ai pu ».

Sous les questions parfois très intrusives du président, Nicolas Bonnemaison a raconté sa vie dans les moindres détails : de son rêve d’enfant de devenir médecin à sa relation extraconjugale en 2007, en passant par ses épisodes dépressifs. Les suicides de son père en 1987, puis de sa sœur en 2012 le marque profondément. « Ces suicides ont-ils eu une influence sur votre façon de vous occuper de vos patients en fin de vie ? », l’interroge Me Valérie Garmendia, avocate des époux Iramuno, partie civile. « Je ne pense pas », répond l’ancien urgentiste d’une voix posée. « Ce n’est pas un dépressif qui a fait n’importe quoi ! », s’insurge l’avocat de la défense Me Benoît Ducos-Ader.

vendredi 23 mai 2014

Bamberski, « Juste » ou « voyou aux mains sales » ?

Peut-on se faire justice soi-même quand les autorités ont été défaillantes ? La question a été au cœur des débats aujourd’hui au tribunal correctionnel de Mulhouse, où sont jugés, depuis hier, André Bamberski, 76 ans, et ses comparses pour l’enlèvement, en 2009, de Dieter Krombach, alors recherché par la justice française pour son rôle dans la mort de Kalinka Bamberski.

Non, ont sans surprise répondu les parties civiles, représentant le médecin allemand qui n’a pu se présenter à l’audience pour « raison de santé ». « La presse les a qualifié de ‘Justes’. Quand on est justes on n’a pas les mains sales. Vous avez les mains sales M. Bamberski », a lancé Me Yves Ohayon avant de citer Gandhi : « Œil pour œil et tout le monde devient aveugle ».

« Chers confrères, vous avez peut être le droit pour vous, mais nous avons la morale ! » lui a répondu, avec emphase, Me Civallero, avocat d’Anton K. Le Kosovar de 43 ans, organisateur de l’enlèvement, est la rock star de ce procès. Sa belle gueule de voyou au regard franc a séduit le prétoire. « On est venu torse bombé et tête haute, poursuit son avocat. Il fallait que justice soit faite et Anton a adhéré à cette cause. Il a déchargé Bamberski de ce mal. » Applaudissements.

jeudi 22 mai 2014

A la barre, André Bamberski défend le «combat de sa vie »

Un instant, on l’a cru usé. Epuisé par trente longues années de combat judiciaire. Mais André Bamberski, jugé jusqu’à demain devant le tribunal correctionnel de Mulhouse (Haut-Rhin) pour son rôle dans l’enlèvement de Dieter Krombach, responsable de la mort de sa fille, semble infatigable. L’homme de 76 ans, chemise à carreaux, veste beige, cheveux blancs, prend des notes frénétiquement, réclame la parole, contredit les avocats, sermonne le procureur et précise, encore et toujours, les faits d’un dossier qu’il connait par cœur.

C’est le « combat de sa vie » : trainer en justice l’assassin de sa fille, Kalinka, retrouvé morte un matin d’été 1982 dans la maison de sa mère en Bavière. « Mes problèmes ont commencé en octobre 1982, lorsque j’ai reçu la traduction du rapport d’autopsie, a-t-il raconté cet après-midi. J’ai acquis la certitude que le Dr Krombach avait violée et tué Kalinka. » Suivront des décennies de « dysfonctionnements » et de « bavures » des justices françaises et allemandes. Condamné par contumace à quinze ans de prison en 1995, le médecin continue de couler des jours paisibles en Allemagne. « Les autorités ne faisaient rien » se désole Bamberski qui, lui, embauche des détectives privés, s’entoure d’un réseau d’informateurs qui suivent Krombach à la trace. Jusqu’à ce jour d’octobre 2009 où il apprend un possible exil au Rwanda. « Je me suis dit qu’il fallait faire quelque chose, j’ai paniqué, j’ai perdu la tête. » Il prend alors la décision de « transporter » Krombach en France pour qu’il y soit jugé.

vendredi 2 mai 2014

Le long combat contre le racisme en HLM

Vendredi, le tribunal correctionnel de Nanterre pourrait briser un tabou : la possible condamnation de l’un des plus importants bailleurs sociaux d’Ile-de-France pour discrimination et fichage ethnique. En mars, 50 000 euros avait été requis contre la société Logirep accusé d’avoir refusé un logement à un homme au motif qu’il était noir et d’avoir organisé le «fichage ethnique» de ses locataires.

Les faits remontent à juillet 2005. Frédéric Tieboyou, agent RATP d’origine ivoirienne dépose une demande de logement à la Logirep, qui gère 36 000 logements. La commission d’attribution refuse son dossier, en lui notifiant par courrier le motif: «mixité sociale». Frédéric Tieboyou appelle alors la conseillère qui suit son dossier. Lorsque la mère du jeune homme voit la tournure que prend la conversation, elle saisit son dictaphone. Voici un extrait de cet enregistrement que nous avons pu écouter :