La troisième cour d'assises de Paris a brusquement plongé ce matin
dans l'ultime génocide du XXe siècle, avec l'ouverture du procès de Pascal Simbikangwa,
ancien militaire Hutu de 54 ans, jugé pour complicité de génocide et
complicité de crimes contre l'humanité. Peu avant 10 heures, l'accusé
est entré dans le box vitré, poussé par des gendarmes sur un fauteuil
roulant, avant d'être porté sur une autre chaise roulante qui
l'attendait devant un micro. A la demande du président, l'accusé a
déclaré qu'il s'appelait "Safari Pascal", né le 17 décembre 1959.
"J'étais militaire et j'ai travaillé au service des renseignements"
a-t-il précisé dans un français parfait. Vêtu d'une veste en cuir beige,
crane rasé, l'accusé a ensuite écouté silencieusement - à l'exception
de quelques apartés avec ses avocats - le tirage au sort des jurés, puis
la longue synthèse de l'accusation lue par le président de la Cour.
mardi 4 février 2014
Génocide des Tutsi : vingt ans après, un procès en France
Pourquoi un procès à Paris ?
À partir de 9 h 30, ce matin, six Français tirés au sort devront suivre des semaines d’audience avant de se prononcer sur la culpabilité d’un présumé génocidaire rwandais. Une première en France qui s’explique par la loi de compétence universelle, adoptée en 1996. Elle permet à la France de poursuivre les auteurs des crimes les plus graves (génocides, tortures, etc.) qui résident sur son sol.
Pascal Simbikangwa, un «criminel de bureau»
Son nom est inconnu en France, mais dans les rues de Kigali, il ravive des souvenirs... Pascal Simbikangwa n’est pas « n’importe qui », estime Simon Foreman, avocat du Collectif des parties civiles pour le Rwanda (CPCR), qui le décrit comme « un tortionnaire réputé au Rwanda ». Ces accusations de tortures, aujourd’hui prescrites, n’ayant pu être retenues contre lui, Pascal Simbikangwa comparaît jusqu’au 14 mars devant la cour d’assises de Paris pour complicité de crimes contre l’humanité et complicité de génocide. Il est accusé d’avoir « contribué, en connaissance de cause, à la pratique massive et systématique d’exécutions sommaires et autres actes inhumains, ainsi qu’au génocide ».
mercredi 29 janvier 2014
Alain et Dafroza Gauthier, chasseurs de génocidaires
Pendant des années, les étés se sont ressemblé chez les Gauthier. Alain et Dafroza partaient de Reims avec leurs enfants sous le bras puis, une fois arrivés à Kigali, les trois petits étaient laissés chez les cousins. « Ils n’étaient pas malheureux avec leur famille, sourit Dafroza, aujourd’hui grand-mère. Et nous, on pouvait se consacrer entièrement à nos “délires”. » Peut-être faut-il être un peu délirant, en effet, pour passer ses étés à sillonner les collines du Rwanda à la recherche de rescapés ou d’anciens tueurs repentis. Enquêter, interroger, traduire. À chaque témoignage, replonger dans l’enfer. Puis, une fois de retour en France, poursuivre les tueurs. Confronter, vérifier, traquer. Réussir, enfin, à déposer plainte. Ne pas les laisser tranquilles, ces génocidaires qui, des années après avoir commis le pire des crimes, pensaient pouvoir tranquillement refaire leur vie en France.
mercredi 22 janvier 2014
1,56 m2 pour 330 euros par mois
Pendant quinze ans, Dominique
B. n’a peint que des petits tableaux. Pour les grands formats, ce peintre sans
ressource allait chez des amis, dans des squats. Et pour cause : de 1995 à 2012, Dominique a vécu à Paris dans une
« chambre » de 1,56 m2 pour un loyer de 330 euros. « Ça frappe les esprits », a
reconnu hier le président du tribunal d’instance du 11e arrondissement de
Paris.
jeudi 16 janvier 2014
Le procès de Bergerac annulé
Les trois hommes se tiennent tête baissée sur le banc des prévenus. Impressionnés par le climat électrique qui règne dans le tribunal. Bernard C., 58 ans, Serge R., 50 ans, et Benoit C., 21 ans, comparaissaient mardi après-midi devant le tribunal correctionnel de Bergerac (Dordogne) pour violences et injures racistes. Ils sont accusés d'avoir, en mai dernier, frappé et traité de « sale Nègre » Ibrahima Dia, un aide-soignant de 47 ans, en vacances dans la région.
mardi 14 janvier 2014
« Pas plus de racistes ici qu'ailleurs »
Au cœur du Périgord noir, le village de Nabirat est encore sous le
choc. Un choc rentré et muet. Les langues se délient difficilement et
les taiseux se font parfois agressifs. La vérité, dit la maire de ce
village de moins de 400 âmes, c’est que le village est « blessé ».
« Nabirat n’est pas une commune raciste, on reçoit des lettres
d’insultes… On a hâte de retrouver un peu de calme. » Le 7 mai dernier,
Ibrahima Dia, un aide-soignant d’Évry (Essonne) de 47 ans, originaire du
Sénégal, en vacances à Nabirat, a été frappé et traité de « sale
nègre ». Poursuivis pour violences et injures racistes, les trois
agresseurs présumés comparaissent cet après-midi devant le tribunal
correctionnel de Bergerac.
À la veille de ce procès, le dernier match de rugby occupe davantage les discussions au café du village. « On n’y était pas, on ne sait pas ce qui s’est passé », disent les hommes, visages fermés. « On n’est pas un village de racistes, se défend le menuisier du coin, Serge Coudoumé. Moi, je n’aurais pas fait ça, mais je me méfie des gens qui n’ont pas la même couleur de peau, c’est normal. » Et de taper sur l’épaule de son voisin : « Sauf de Momo ! » Le Momo en question rit jaune. Mohamed Moukali, marocain, est bûcheron depuis des années à Nabirat. Les « racistes qui ne disent pas bonjour », il les connaît.
Il y a deux ans, dans un café de Gourdon, à une dizaine de kilomètres d’ici, il a entendu un homme lâcher : « Les Arabes, il faudrait les mettre dans des trains pour Auschwitz. » La soirée a mal fini. « Y a pas plus de racistes ici qu’ailleurs, lance son patron, Stéphane Bois, on n’est pas dans une zone sinistrée ! » D’autres relèvent que deux des présumés agresseurs ne sont même pas du village. Et il y a ces rumeurs sur cette femme qui aurait été agressée, voire violée… « Ici, c’est tribal, lâche un observateur. Ils préféreront croire n’importe quoi plutôt que d’incriminer l’un des leurs. » Car l’enquête, rondement menée par les gendarmes, établit clairement les faits. Le 7 mai 2013, en fin d’après-midi, Ibrahima Dia, en vacances avec son fils de 8 ans et sa femme dans un camping de la commune, part se promener. Au même moment, Gabriela C., serveuse roumaine de 23 ans, rentre de son travail à mobylette. Elle voit derrière elle une Peugeot break bleue qui finit par se garer devant chez elle, un hameau au nord de Nabirat. « Pas très rassurée », elle appelle son copain, Serge R., 50 ans. Entre-temps, elle demande à Ibrahima de « rentrer chez lui ». Le vacancier lui répond qu’il est sur une voie publique et part se promener. Quand il revient, trois hommes l’attendent : Serge R., son patron, Bernard C., 58 ans, négociant en bois à Saint-Martin (Antilles françaises), et Benoit C., agriculteur de 21 ans. En garde à vue, Serge reconnaîtra avoir dit « Que fait un Noir du 91 sur mon terrain ? » et avoir mis quelques gifles.
La version d’Ibrahima Dia est tout autre. D’abord insulté – « On vous a pas dit de partir, sale nègre antillais ? » –, il est ensuite frappé au visage, sur les côtes puis au crâne alors qu’il est au sol. « Je les ai suppliés d’arrêter de me frapper et de me laisser partir, racontera Ibrahima aux enquêteurs. Ils me disaient : “Dégage sale bougnoule, sale nègre, ne reviens plus dans le département”. » Il finit par remonter dans sa voiture. « Il n’était pas beau à voir, boursouflé et hébété », se souvient sa femme, Michelle Federak. Aux urgences de Gourdon, les médecins constatent une côte froissée et plusieurs hématomes sur le crâne et le corps. Résultat : une interruption temporaire de travail (ITT) de trois jours, qui sera prolongée de sept jours. « Il y a une humiliation profonde, résume Michelle. Ils lui ont dit “tu resteras toujours un esclave”. C’est une blessure psychologique lourde. » Dans ce sud de la Dordogne où le Front national fait ses plus petits scores du département, l’affaire surprend. Mais pas tout le monde. « Le racisme est en train de renaître tranquillement, regrette Pierre Boulet, membre du comité de soutien de Sarlat à Ibrahima. La Manif pour tous (contre le mariage gay – NDLR) a décomplexé tout ça. Ce matin, au marché, j’ai vu un commerçant faire une quenelle en rigolant. » Militant au NPA, Ibrahima a rapidement bénéficié d’un comité de soutien qui sera présent aujourd’hui au procès.
Mis en examen, les présumés agresseurs ont d’abord contacté Gilbert Collard, avocat médiatique et député Front national. « Ils ne connaissaient pas ses positions politiques, assure leur avocate, Me Lauriane Dargelas. Ils l’ont juste appelé parce qu’il est connu. » Selon elle, à peine quelques gifles ont été échangées et aucun propos raciste n’a été proféré : « Les enquêteurs auraient dû oublier que la victime était noire, ils se sont emballés. » Et de promettre : « Vous allez être déçus au procès… » Pourtant, même en garde à vue, Bernard C. a continué à tenir des propos racistes. Retirées des procès-verbaux sur sa demande, ces insultes restent malgré tout au dossier : « Ces gens-là sont des menteurs » ou « Ces gens-là sont comme les animaux rares, ils sont protégés et ils se multiplient. »
Pas satisfait du simple qualificatif de « violences racistes », l’avocat d’Ibrahima demande une requalification pour « violences en réunion ayant entraîné une ITT de plus de dix jours avec préméditation », un délit passible de dix ans de prison. « Il y a guet-apens, les trois hommes ont attendu qu’il revienne », souligne Me Pierre Daniel-Lamazière. La semaine dernière, Ibrahima résumait son état d’esprit à son avocat : « J’ai eu l’impression de me retrouver dans le sud des États-Unis dans les années 1960. »
À la veille de ce procès, le dernier match de rugby occupe davantage les discussions au café du village. « On n’y était pas, on ne sait pas ce qui s’est passé », disent les hommes, visages fermés. « On n’est pas un village de racistes, se défend le menuisier du coin, Serge Coudoumé. Moi, je n’aurais pas fait ça, mais je me méfie des gens qui n’ont pas la même couleur de peau, c’est normal. » Et de taper sur l’épaule de son voisin : « Sauf de Momo ! » Le Momo en question rit jaune. Mohamed Moukali, marocain, est bûcheron depuis des années à Nabirat. Les « racistes qui ne disent pas bonjour », il les connaît.
Il y a deux ans, dans un café de Gourdon, à une dizaine de kilomètres d’ici, il a entendu un homme lâcher : « Les Arabes, il faudrait les mettre dans des trains pour Auschwitz. » La soirée a mal fini. « Y a pas plus de racistes ici qu’ailleurs, lance son patron, Stéphane Bois, on n’est pas dans une zone sinistrée ! » D’autres relèvent que deux des présumés agresseurs ne sont même pas du village. Et il y a ces rumeurs sur cette femme qui aurait été agressée, voire violée… « Ici, c’est tribal, lâche un observateur. Ils préféreront croire n’importe quoi plutôt que d’incriminer l’un des leurs. » Car l’enquête, rondement menée par les gendarmes, établit clairement les faits. Le 7 mai 2013, en fin d’après-midi, Ibrahima Dia, en vacances avec son fils de 8 ans et sa femme dans un camping de la commune, part se promener. Au même moment, Gabriela C., serveuse roumaine de 23 ans, rentre de son travail à mobylette. Elle voit derrière elle une Peugeot break bleue qui finit par se garer devant chez elle, un hameau au nord de Nabirat. « Pas très rassurée », elle appelle son copain, Serge R., 50 ans. Entre-temps, elle demande à Ibrahima de « rentrer chez lui ». Le vacancier lui répond qu’il est sur une voie publique et part se promener. Quand il revient, trois hommes l’attendent : Serge R., son patron, Bernard C., 58 ans, négociant en bois à Saint-Martin (Antilles françaises), et Benoit C., agriculteur de 21 ans. En garde à vue, Serge reconnaîtra avoir dit « Que fait un Noir du 91 sur mon terrain ? » et avoir mis quelques gifles.
La version d’Ibrahima Dia est tout autre. D’abord insulté – « On vous a pas dit de partir, sale nègre antillais ? » –, il est ensuite frappé au visage, sur les côtes puis au crâne alors qu’il est au sol. « Je les ai suppliés d’arrêter de me frapper et de me laisser partir, racontera Ibrahima aux enquêteurs. Ils me disaient : “Dégage sale bougnoule, sale nègre, ne reviens plus dans le département”. » Il finit par remonter dans sa voiture. « Il n’était pas beau à voir, boursouflé et hébété », se souvient sa femme, Michelle Federak. Aux urgences de Gourdon, les médecins constatent une côte froissée et plusieurs hématomes sur le crâne et le corps. Résultat : une interruption temporaire de travail (ITT) de trois jours, qui sera prolongée de sept jours. « Il y a une humiliation profonde, résume Michelle. Ils lui ont dit “tu resteras toujours un esclave”. C’est une blessure psychologique lourde. » Dans ce sud de la Dordogne où le Front national fait ses plus petits scores du département, l’affaire surprend. Mais pas tout le monde. « Le racisme est en train de renaître tranquillement, regrette Pierre Boulet, membre du comité de soutien de Sarlat à Ibrahima. La Manif pour tous (contre le mariage gay – NDLR) a décomplexé tout ça. Ce matin, au marché, j’ai vu un commerçant faire une quenelle en rigolant. » Militant au NPA, Ibrahima a rapidement bénéficié d’un comité de soutien qui sera présent aujourd’hui au procès.
Mis en examen, les présumés agresseurs ont d’abord contacté Gilbert Collard, avocat médiatique et député Front national. « Ils ne connaissaient pas ses positions politiques, assure leur avocate, Me Lauriane Dargelas. Ils l’ont juste appelé parce qu’il est connu. » Selon elle, à peine quelques gifles ont été échangées et aucun propos raciste n’a été proféré : « Les enquêteurs auraient dû oublier que la victime était noire, ils se sont emballés. » Et de promettre : « Vous allez être déçus au procès… » Pourtant, même en garde à vue, Bernard C. a continué à tenir des propos racistes. Retirées des procès-verbaux sur sa demande, ces insultes restent malgré tout au dossier : « Ces gens-là sont des menteurs » ou « Ces gens-là sont comme les animaux rares, ils sont protégés et ils se multiplient. »
Pas satisfait du simple qualificatif de « violences racistes », l’avocat d’Ibrahima demande une requalification pour « violences en réunion ayant entraîné une ITT de plus de dix jours avec préméditation », un délit passible de dix ans de prison. « Il y a guet-apens, les trois hommes ont attendu qu’il revienne », souligne Me Pierre Daniel-Lamazière. La semaine dernière, Ibrahima résumait son état d’esprit à son avocat : « J’ai eu l’impression de me retrouver dans le sud des États-Unis dans les années 1960. »
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